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samedi 31 mai 2008

Douce brise

À mesure que les boîtes s’empilent un peu partout dans l’appartement, j’ai l’impression que c’est mon moral qui descend. Car je suis de celles qui, exceptionnellement, dépriment quand le beau temps arrive. Je n’ai jamais compris pourquoi, mais c’est un fait que je constate chaque printemps. Peut-être que le changement de rythme, qui passe de trépidant l’automne et l’hiver à plutôt calme le printemps et l’été, affecte ma capacité d’adaptation. Je suis faite pour la vie active. J’entends penser ceux qui croient que l’été est le moment idéal pour s’activer, justement. C’est vrai. Mais ce n’est pas l’activité physique qui me manque, c’est l’activité intellectuelle. Étudier, m’interroger, travailler, m’occuper l’esprit, c’est vital pour ma santé mentale. Et l’été, de ce côté du moins, je ralentis.

J’ai reçu les copies corrigées de mon texte lundi dernier. La qualité du français a été soulignée, c’est la remarque qui m’a fait le plus plaisir. Rédiger sur commande a été difficile pour moi. Mais j’ai appris énormément. Je comprends maintenant un peu mieux quelles sont les contraintes du travail de rédacteur. Il ne faut pas oublier qu’il y toujours un « chef » qui commande dans ce domaine, et que répondre à ses exigences doit être comparable à ce que j’ai vécu en tentant de satisfaire à celles de ce cours.

J’ai aussi trouvé difficile l’absence de contact avec les autres étudiants. Je ne sais pas trop sur quel sujet ils ont travaillé, quelles ont été les difficultés qu’ils ont rencontrées, quel résultat ils ont obtenu. Je pense que je vais écrire à la directrice du programme et lui mentionner cet aspect.

J’éprouve un drôle de sentiment face à mon travail ces temps-ci. Je crois que l’approche de la cinquantaine m’affecte un peu. J’ai vécu une grande remise en question à quarante ans, qui a d’ailleurs provoqué ma séparation. Je me demande si je ne devrais pas sacrifier un peu de confort et chercher un emploi plus valorisant, un plus grand défi. Ce n’est pas une décision facile à prendre. Et j’ai toujours cru qu’on arrive plutôt aisément à prendre les bonnes décisions. Lorsqu’il y a un doute, je me méfie toujours un peu et je préfère être prudente. Pas à pas. La réflexion est commencée. Je verrai bien quelles actions je devrai poser.

Mais je sens un vent de changement, c’est certain. Disons, une douce brise pour l’instant.

mardi 13 mai 2008

Seule au monde



Il y a trois jours, j’étais seule au monde, au milieu de la mer. J’écoutais le vent. Parfois, le cri d’un oiseau venait troubler, à peine, ce silence dont je tentais de m’imprégner pour m’apaiser. Et le silence m’apaise. Regarder cette immensité qui s’offrait à moi, comme les bras ouverts d’un amant qui attend sa bien-aimée depuis des mois, me comblait totalement. J’étais en état de grâce. Voilà tout le bienfait que ce décor enchanteur me procure, chaque fois que je mets les pieds à Cuba.

Cayo Guillermo nous a charmés, mon copain et moi. Nous nous sentions comme deux nouveaux mariés, dans ce décor fleuri où l’abondante végétation témoigne de la grande force des plantes qui réussissent à survivre dans un environnement si sec. Pas une goutte de pluie durant ces sept jours – allons-nous nous en plaindre – où le soleil a brillé sans relâche et où le vent s’est fait suffisamment discret pour nous permettre d’apprivoiser la chaleur avant qu’elle n’arrive chez nous.
Bon, c’est ce que j’appelle des vacances. Oubliés les maux de ventre et le stress. Oubliées les boîtes qui s’accumulent dans mon appartement avant le déménagement. Oubliés le boulot et le souci que je me fais pour les autres, au point d’en arriver à m’oublier moi-même.

De retour, mis à part la préparation pour mon examen médical qui me demande de ne consommer que des liquides clairs pendant 48 heures, tout se passe très bien.

J’en conclus, peut-être un peu tôt mais on verra bien, que mes malaises sont dus au stress et à la surconsommation de produits laitiers. Dossier à suivre.

Pour le reste, c’est le train train quotidien qui prend le dessus. Me faire plaisir un peu plus souvent, sans culpabiliser, devrait faire partie de mes résolutions immédiates. Choisir des plaisirs qui ne nécessitent pas forcément de consommer quelque chose serait aussi une sage décision. Me remettre à la couture, par exemple. J’aurai probablement l’espace pour aménager un petit coin où ma fille et moi pourrons laisser libre cours à notre imagination… Elle apprendra au fil du temps que la confection est un acte de patience, qualité qu’elle doit sûrement posséder puisqu’elle travaille avec des enfants autistes depuis bientôt un an, même si, à la maison, elle n’en fait pas souvent montre.

Et la suite des vacances ne tardera pas. Alors je ferme les yeux pour revenir sur cette merveilleuse plage de sable chaud, seule au monde.



vendredi 4 janvier 2008

Casser

Quand j’étais adolescente, on employait le mot « casser » pour annoncer la rupture à son amoureux du moment. On cassait aussi souvent qu’on acceptait de « sortir » avec quelqu’un. Ces relations sans lendemain devenaient, en quelque sorte, un entraînement pour nos relations futures, cette fois-ci plus sérieuses.

La rupture que ma fille est en train de vivre, qu’elle soit définitive ou temporaire, me ramène à certaines expériences pénibles que j’ai vécues au cours de ma vie. Et à la voir ainsi, hésitante, ne sachant pas si elle doit réellement croire que c’est fini ou si elle doit encore espérer, je ne peux m’empêcher de me rappeler que pour moi aussi ça n’avait pas été facile, la première fois.

Aujourd’hui seulement, je sais que quand le moment est réellement venu, la rupture se fait plus facilement. Les déchirements sont, en quelque sorte, un signe que l’amour n’a pas dit son dernier mot. Malheureusement, pour que le lien tienne le coup, il faut une volonté commune. Pour l’instant, je ne sais pas si c’est le cas en ce qui concerne ma fille et son copain.

Il m’arrive parfois de me demander si je suis une mère « normale ». Je suis très attachée à ma fille – je suppose que c’est le cas de la majorité des mères – et je déteste la voir souffrir. Je m’efforce de l’encourager, je tente de l’aider à franchir les étapes, sans chercher à l’influencer dans ses décisions. J’essaie de faire de mon mieux pour atténuer sa peine.

Ma fille est introvertie et se confie rarement. Quelques mots ici et là me laissent entendre qu’elle réaffirme sa position. Elle s’entoure d’amis et sort beaucoup. Le tourbillon dans lequel elle est plongée depuis quelques jours m’étourdit un peu. Littéralement. Mes vertiges ont repris et leur intensité m’inquiète un peu.

Au travail, j’ai retrouvé un patron dont l’état de santé ne s’améliore pas. Il doit subir une opération dans quelques jours et sera absent pour trois semaines. Je devrai tenir la barre comme je l’ai fait à plusieurs reprises dans le passé. Ça ne m’inquiète pas vraiment. Ce qui m’inquiète, c’est lui. (Cesse donc te t’inquiéter pour les autres et pense un peu à toi!) Oui, je sais. Mais je suis en train d’assister à la transformation de cet être autrefois jovial et positif en quelqu’un d’anéanti qui n’a plus aucune envie d’être là. Une sorte de dépression majeure je suppose. Bon, c’est un homme fort, il finira bien par s’en sortir. Au fond, que puis-je faire de plus que de lui insuffler de temps en temps un peu de joie de vivre ?

Au fond, peut-être que ce qui fait de nous, les parents, des personnes différentes, c’est justement le fait que nous pensions plus aux autres qu’à nous-mêmes. Je revois ma mère sacrifier sa portion de viande pour l’ajouter à mon assiette, comme si c’était tout naturel pour elle de se priver alors que son petit oiseau ouvrait grand son bec. Cette image, comme tant d’autres, m’a frappée et m’a permis de comprendre à quel point une mère pouvait s’oublier pour son enfant.
Casser, c’est aussi se séparer de quelqu’un qu’on aime pour voler de ses propres ailes. La première séparation, je l’ai vécue en quittant la maison familiale. Je me souviens très bien des sentiments que j’ai éprouvés lorsque j’ai annoncé à ma mère que j’allais vivre en appartement. J’avais dix-huit ans.

Deux ans plus tard, c’est de mon copain, avec qui je vivais une relation amoureuse depuis quatre ans, que je me séparais. Le choc a été immense, mais nous nous sommes retrouvés quelques mois plus tard pour entreprendre un voyage. Un périple qui a duré un an. Une véritable épreuve pour un couple…

Quelques années ont passé et nous nous sommes séparés pour de bon. Ce fut un long processus qui m’a fait comprendre que je ne savais vraiment pas comment aimer. Je suis restée seule plusieurs années, jusqu’à ce que je rencontre le père de ma fille. La naissance de ma fille m’a plongée dans un tourbillon où je n’ai pas vu le temps passer. Si bien que lorsque je me suis retrouvée à quarante ans, j’ai réalisé que je ne pouvais plus continuer à m’oublier de la sorte. J’avais l’impression que j’allais disparaître.

Au cours de ma séparation, j’ai rencontré mon copain actuel avec qui j’ai entrepris une relation un peu compliquée à ses débuts. Pendant ces années, nous avons beaucoup changé et évolué. C’est le plus beau de cette histoire. Ces changements et cette évolution ne sont pas venus sans heurt. Il y eu, en cours de route, une rupture qui m’a particulièrement mise en état de choc. Cette fois-ci, j’ai plongé en moi-même pour mieux comprendre la souffrance démesurée que j’éprouvais. Ce journal, que j’écris depuis, m’a aidée énormément à reprendre contact avec moi-même.

Aujourd’hui, je suis moins dépendante de l’affection des autres et je souffre moins. Ce mieux-être n’a pas été gagné sans peine. Il me reste maintenant à guider ma fille dans sa vie d’adulte et à me détacher de ce bébé que j’ai vu grandir trop vite. J’y arriverai, comme pour le reste. Sans tout casser.

samedi 29 décembre 2007

Brume d'avenir

En cette période de fin d’année, je me sens toujours un peu déstabilisée. Parce que je suis née un 30 décembre, pour moi, cette fin d’année devrait être un début. Mais au lieu de regarder devant, je fais comme tout le monde et je rembobine.

Plus je vieillis et plus je m’inquiète. Pas pour moi. Je suis en bonne santé et assez à l’aise financièrement pour ne manquer de rien; j’ai un emploi stable et mes conditions de travail son enviables; ma fille a traversé le pire de l’adolescence et l’avenir s’annonce plus serein. Finalement, mon copain et moi formons un couple uni et nous n’avons plus besoin de nous prouver constamment que nous tenons l’un à l’autre. Nous avançons.

Alors qu’est-ce qui m’inquiète? Ce n’est pas très original, mais je m’inquiète pour la planète. Et plus particulièrement pour ceux qui l’habitent et qui sont en train de perdre la boule. Nous sommes en danger, c’est trop évident pour le nier. Et pourtant, nous baissons les bras et ne savons pas vers qui nous tourner pour être sauvés.

Ce qui m’a le plus frappée en traversant les tumultes de l’adolescence avec ma fille, c’est que je n’avais pas d’arguments pour contrer le pessimisme qui la poussait à afficher des têtes de mort sur les murs et à choisir Marilyn Manson, célèbre pour ses mutilations, comme idole. Lorsque je lui ai demandé pourquoi les jeunes de son âge affichaient des symboles de mort partout – sur leurs vêtements, leurs sacs d’école et tous les accessoires imaginables –, elle m’a répondu sur un ton tout à fait neutre que c’est parce que nous allons tous mourir et que ça fait jaser.

C’est d’autant plus vrai que certains veulent mourir plus vite que d’autres. Dans son entourage, plusieurs jeunes ont fait des tentatives de suicide et l’un d’eux a réussi. Les autres, heureusement, se sont retrouvés à l’hôpital où on les a remis sur pied avec une thérapie et des anti-dépresseurs. Et j’ai honte de dire qu’une mère, que je connais bien, m’a confié qu’elle refusait que sa fille prenne ses médicaments parce que « ça fait engraisser ». Bon, celle-là je l’aurai toujours sur le cœur, parce que c’est insensé.

Nos enfants ne sont pas dupes. Ils ont compris que la planète sur laquelle ils ont été accueillis n’est pas en très bon état. Ils ont aussi compris que ce n’est pas de leur faute, mais que ce sera eux qui devront réparer les conneries de leurs prédécesseurs s’ils veulent survivre. Pire encore, ils réalisent que les vieux, les aînés qu’il faut soi-disant respecter, se foutent carrément de ce qui arrive et continue d’épuiser les ressources de cette planète sans souffrir du moindre sentiment de culpabilité. De toute façon, nous allons tous mourir… La tête de mort, c’est nous qui devrions la porter sur nos t-shirts.

Il n’y a pas que l’environnement qui m’inquiète. Il y a aussi l’attitude des humains qui continuent à se faire la guerre, à tuer, à violer, à semer la peur autour d’eux. Parmi eux, beaucoup sont prêts à mourir avant l’heure. Beaucoup portent sur leur front le signe de la mort.

Qu’avons-nous donc perdu? Je veux bien regarder l’avenir avec un peu d’espoir. Je ne sais pas trop ce qui pourrait me rassurer. Sentir une véritable volonté se manifester à l’échelle mondiale, peut-être. Nous avons tous l’impression que tout se passe au-dessus de nous et que le simple citoyen n’a pas vraiment de pouvoir. C’est ce sentiment d’impuissance qui me laisse perplexe. Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas ce qui va nous arriver, je ne sais pas comment nous allons nous en sortir.

Malgré ces inquiétudes, la vie continue et les années passent. J’aurai 49 ans demain, et j’espère que je serai entourée de ceux que j’aime pour les célébrer. J’espère que le soleil brillera et que la terre ne tremblera pas. J’invoquerai les dieux pour qu’ils nous protègent et je ferai une offrande pour apaiser leur colère.

jeudi 27 décembre 2007

D'amour et d'humour

La fête familiale habituelle s’est bien déroulée. Le temps était doux et la route était belle. Cette année, toute notre attention était tournée vers ce nouveau membre de la famille, cette petite fille de neuf mois qui s’émerveille et qui nous enchante. Devant la fatigue des parents, parfois un peu impatients, je me remémore ces moments où il faut s’ajuster et où le couple se fragilise un peu pour, selon le cas, mieux se retrouver ou se séparer plus tard. Car c’est vrai que la venue d’un enfant bouscule et met à l’épreuve. Et que dans le monde d’aujourd’hui, on tolère peu et on rejette vite.

Mon copain me faisait remarquer que je me moque souvent de lui et que ça le gêne. Alors, même si je considérais ces moqueries comme bien inoffensives et que j’espérais que son sens de l’humour l’aide à les accepter avec le sourire, j’ai décidé, par respect pour lui, d’arrêter. Comme les vilaines habitudes sont difficiles à perdre, il m’a fallu un certain effort de concentration pour éviter de « sauter sur l’occasion » de l’agacer un peu pendant notre réunion familiale de Noël. J’ai réussi et j’ai respecté la limite que je m’étais fixée. Mais voilà que lui, au contraire, en a profité, alors que mes défenses étaient tombées, pour me piquer à la moindre occasion. J’ai laissé faire. Je me suis dit qu’il avait envie de me tester et de voir si j’allais répliquer. Ce que je n’ai pas fait. Mais dans mon for intérieur, j’ai éprouvé une certaine déception.

Il y a là un côté de la nature humaine que je m’efforce de comprendre depuis bien des années. Deux personnes qui s’aiment doivent-elles constamment se mettre à l’épreuve pour se convaincre de leur amour? Quand je vois ma fille et son copain, continuellement en train de se chamailler pour des « niaiseries », en train de bouder ou pire, de se crier des injures, je ne sais plus dans quel bouquin je dois regarder pour trouver une explication. Le période des Fêtes est une période de stress qui prédispose les couples aux conflits. Alors que tous devraient se réunir dans la paix et l’harmonie, il arrive parfois que les gens se heurtent, se querellent, se blessent.

Au cinéma ou dans la littérature, l’amour est idéalisé. Les images qu’on nous propose ne tiennent pas la route dans la réalité. Et si on se met à rêver d’atteindre ce genre de paradis dans une relation, on risque d’y laisser sa peau. Bien sûr, l’amour est un sentiment puissant, mais chacun le vit différemment. Avec les années, j’ai cessé de chercher l’amour parfait et j’ai plutôt décidé de construire. Pour moi, c’est la meilleure façon d’entrer en relation avec une personne. Le respect, l’attention et l’écoute sont les matériaux sur lesquels je compte. Je sais que ce que nous construisons n’est pas à l’abri de tout. Je sais que même les édifices en béton peuvent s’écrouler. Je sais aussi que les plus forts savent se taire.

samedi 27 octobre 2007

Écrire sur le bonheur

Développer notre esprit critique est l’un des objectifs du cours auquel j’assiste chaque semaine à l’université. Et la chargée de cours nous y incite fortement, en plus de nous exhorter à nous cultiver pour, justement, amener de l’eau à notre moulin. Parce que, pour argumenter et étayer sa position, il faut pouvoir se référer à quelque chose.

L’esprit critique, je crois que je l’ai toujours eu. La culture, je tends à y accéder et j’ai la chance d’avoir, justement, la possibilité de tremper dans le milieu littéraire où il se passe beaucoup de choses. Par contre, je ne cours pas les musées et je ne vais pas souvent au théâtre. La danse, je m’y suis toujours intéressée, mais les nouvelles tendances me laissent un peu tiède. Je suis une bonne consommatrice de musique, j’achète régulièrement des CD ou je télécharge des fichiers pour lesquels je paie, naturellement. Je vais régulièrement au cinéma et je suis abonnée à deux clubs vidéo. J’aime l’art et je me passionne pour le monde de l’illustration. Je suis curieuse et je me plais à discuter sur tous les sujets.

Alors, lorsque la chargée de cours nous a présenté le sujet de l’examen intra – nous devions rédiger un texte d’une vingtaine de lignes en classe – j’ai été un peu étonnée. Il fallait écrire sur le bonheur. Nous avions une heure pour le faire, ce qui, vraisemblablement, était raisonnable, bien que plusieurs aient manqué de temps pour terminer leur texte.

Lorsque j’ai quitté la classe, ce soir-là, je me sentais terriblement mal à l’aise. Jusqu’ici, j’ai réussi tous mes cours avec de bonnes notes. Mais là, les deux travaux que j’ai remis ont été notés sévèrement. Donc, je m’inquiétais pour cet examen qui compte pour 40 pour cent de la note finale. J’avais, pour la première fois, l’impression que j’allais échouer.

Parce que le but de l’exercice était d’écrire ce qu’est, pour nous, le bonheur. Et dans cette classe, devant cette page blanche, je me suis sentie totalement en manque d’inspiration. Je ne me suis donné ni le droit de me laisser aller ni le temps de réfléchir. J’ai tenté de rédiger un plan rapidement et j’ai commencé à écrire en réalisant très vite que j’étais incapable de le suivre. Bref, ce fut une expérience catastrophique.

C’est dire à quel point j’étais anxieuse de recevoir ma note, et surtout de lire les commentaires sur mon texte. Tout à fait pragmatique, la chargée de cours a rappelé les règles et déclaré que si les consignes avaient été respectées, il fallait s’attendre à une note honnête. C’est ce que j’ai eu. Une note honnête, des commentaires brefs et justes, un résultat somme toute acceptable.

Cette expérience m’a fait réfléchir, justement, sur le sens que j’accorde au bonheur. Et comme par hasard, je suis tombée sur un livre qui traite du sujet de façon particulière. On y raconte que nos gènes seraient responsables à 80 pour cent de notre capacité à être heureux. L’extraversion, la stabilité émotionnelle, l’amabilité et le caractère consciencieux seraient en partie déterminés par nos gênes et constitueraient des éléments déterminants à l’atteinte du bonheur. Pour ce qui est du 20 pour cent restant, c’est là que notre créativité entre en scène…

Quelques affirmations ont retenu mon attention dans ce texte. Par exemple, des psychologues révèlent que « la polarisation excessive sur des projets d’avenir » représente un potentiel de déception susceptible d’entraver l’atteinte du bonheur. Par contre, des recherches ont démontré que « les personnes les plus heureuses sont celles qui parviennent à s’absorber dans des tâches qui mobilisent toutes leurs ressources d’attention, sans penser à demain ni à hier ». Autrement dit, vivre l’instant présent et en savourer chaque seconde en se consacrant à ce qu’on aime. Voilà la clé – ou du moins l’une des clés – du bonheur.

Je pourrais disserter certainement longuement sur le sujet, ironiquement. Parce qu’une petite heure et une vingtaine de lignes m’ont vraiment laissée sur ma faim. Je n’ai pas exprimé, avec sincérité, ce qu’était pour moi le bonheur. Et je ne saurais peut-être pas encore le faire aujourd’hui.

Parce que je suis, fondamentalement, une personne triste. Je ne sais pas si c’est génétique, mais c’est une situation que je gère aujourd’hui très bien. J’ai appris à vivre avec cette petite fille blottie au fond de moi, qui a chaussé trop vite des souliers d’adulte pour marcher dans le monde des grands. Ma consolation, mon grand bonheur à moi, c’est de permettre à ma fille de s’épanouir, et de la voir grandir et franchir les étapes sans avoir besoin de faire des pas de géants.

Le bonheur, je l’entends chanter par Félix Leclerc, je me le laisse raconter par Yvon Deschamps, je le lis dans les livres de Marie Laberge. Au fond, c’est un bien beau personnage.

samedi 13 octobre 2007

Rendez-vous manqué

Les engueulades servent à quelque chose. Elles servent à se positionner par rapport à ses valeurs, à s’affirmer, à se faire respecter. Chacun a le droit de s’exprimer. Chacun a le droit de défendre ses positions et de ne pas céder. Chacun a le droit, aussi, de prendre le temps de réfléchir et de se remettre en question.

La colère est un signe et un moyen de défense. Elle nous indique que quelque chose en nous vient d’être suffisamment heurté pour provoquer un choc. La surprise, la soudaineté de l’événement qui se produit et qui dérange ou perturbe ne nous laissent pas le temps de réfléchir et d’analyser pour modérer notre réaction, qui tôt ou tard devra bien se manifester de toute façon. Alors, lorsque l’étincelle allume la mèche, l’explosion est difficilement évitable.

Voilà une bien belle analyse de ce qui vient de se produire, ce matin, alors que nous visitions le Salon de la formation et de l’emploi, mon copain, ma fille et moi. Nous n’avions certes pas les mêmes attentes et les mêmes besoins, alors nous avons décidé de nous séparer pour la visite. Nous nous sommes donné rendez-vous une heure plus tard à l’entrée. Ma fille et moi avions deux kiosques à visiter ensemble, ce que nous avons fait rapidement. Au premier, petit et modeste, nous avons été accueillies par une conseillère très bien informée qui a répondu à toutes nos questions. C’est ce qui comptait le plus pour ma fille, puisque c’est à ce collège qu’elle veut faire une demande d’admission dans quelques mois. Le deuxième kiosque, fastueux, occupait quatre fois plus d’espace que le premier. Toutefois, la visite nous a permis de constater que dans ce genre d’événement, l’apparence ne vaut rien quand personne ne peut répondre intelligemment à nos interrogations.

Avec des rendez-vous en poche pour une visite à chacun de ces collèges, ma fille avait terminé sa visite et elle m’a quittée pour me laisser le temps de compléter la mienne, me rappelant qu’elle m’attendait à l’heure et au lieu convenus. Une demi-heure plus tard, je la retrouvais sagement assise en train de feuilleter le journal. J’avais complété ma visite et constaté, malheureusement, qu’il manquait l’essentiel à ce Salon, des personnes compétentes et bien informées qui auraient eu réponse à tout. Mais bon, je suis tout de même rentrée avec beaucoup de paperasse et un rendez-vous, moi aussi, à une journée portes ouvertes.

Nous avons discuté un peu et nous avions hâte de quitter cet endroit, alors les quelques minutes de retard que mon copain accusait commençaient à nous agacer. Je suis une personne qui apprécie grandement la ponctualité, et je suis passablement tolérante lorsque quelqu’un, pour une bonne raison, arrive avec dix ou quinze minutes de retard. Nous avons donc attendu quinze minutes. Puis, nous avons décidé de faire un dernier tour du Salon avant de partir. Mon copain discutait tranquillement avec un des exposants, sans se soucier le moins du monde de son retard, feignant même de ne pas se rappeler que nous avions fixé une heure de rendez-vous.

Ben là! Comme dirait Daniel Pinard, y’a toujours ben des limites! Ce n’est pas mon genre de rester calme dans ce type de situation. Un, je déteste attendre; deux, je pardonne difficilement les retards injustifiés; trois, je me mets immédiatement en colère lorsque je constate qu’on me manque consciemment de respect.

Voilà, c’est une situation banale, mais elle a un peu gâché le plaisir de cette sortie à trois. Néanmoins, j’ai passé l’éponge parce que j’ai validé ma réaction auprès d’une tierce personne, en l’occurrence ma fille, qui a comme moi perçu comme un acte fautif la nonchalance avec laquelle mon copain a agit en ne nous respectant pas, elle et moi. La notion de respect est bien peu comprise de la plupart des gens. Un de ses aspects, c’est de ne pas imposer une situation désagréable aux autres lorsqu’elle peut facilement être évitée.

Je sais reconnaître mes erreurs et, aujourd’hui, je sais aussi reconnaître mes besoins. Ce n’est pas anodin. Dans le mot reconnaître, il y a le mot connaître. Il y a les notions d’indentification et de distinction. Il y a cette grande satisfaction de savoir et de comprendre pourquoi on pose tel ou tel geste ou on ressent telle émotion. Ma colère, je la rends légitime parce que je l’explique, je la comprends et je l’exprime modérément. En fait, j’exprime mon désaccord. Je m’affirme, je me mobilise pour me faire respecter.

Voilà une analyse personnelle à laquelle je me livre rarement. C’est important pour moi ce que je viens d’écrire. Et si ça peut aider ou toucher quelqu’un, ce ne sera pas en vain que je l’aurai écrit.

dimanche 23 septembre 2007

Casse-tête

Je n’ai guère de temps pour écrire, et pourtant ce ne sont pas les idées qui manquent. Mais mes idées s’embrouillent à cause d’un mal de tête dont je n’arrive pas à me débarrasser depuis ce matin. D’habitude, les analgésiques font effet rapidement, mais là, rien n’y fait. J’ai pourtant bien dormi, malgré la journée d’hier qui n’a pas été très bonne.

Parce qu’elle a commencé sur une mauvaise note. Une discussion qui a mal tourné entre mon copain et moi. Ce genre de matinée où les ondes s’entrechoquent, où finalement nous aurions dû nous taire plutôt que d’argumenter sur un sujet banal alors que ni l’un ni l’autre ne possédait suffisamment de données pour appuyer ses affirmations.

Le choc des paroles prononcées et la peur de perdre, en quelques secondes, ce que nous avons construit ensemble depuis plusieurs années m’ont fait réfléchir sur la fragilité des relations amoureuses et sur l’importance du respect. À vrai dire, il m’est difficile d’évaluer actuellement si de telles discussions nous renforcent ou nous affaiblissent.

C’est peut-être ça, la lourdeur que je ressens dans ma tête actuellement. À observer et à écouter les gens autour de moi, je me rends compte que nous sommes tous extrêmement sévères et critiques envers les autres, mais que nous ne nous interrogeons pas suffisamment sur la force de nos convictions et la solidité de nos valeurs. Nous nous attardons à la forme, rarement au contenu. Nous évaluons les gens et les choses superficiellement, sans prendre le temps d’apprécier. Nous consommons exagérément, achetons et jetons sans nous soucier des conséquences. Les objets comme les gens.

Bon, finalement, mon mal de tête est tenace et j’ai envie d’écrire quelque chose sur le beau spectacle de Björk auquel j’ai assisté vendredi dernier. Rendez-vous sur Sans parler.

dimanche 5 août 2007

Ciel variable

Il y a des moments où je me sens tellement bien que je me demande quel élément chimique agit de la sorte sur mon cerveau. Si je le connaissais, je pourrais chercher à le reproduire et faire en sorte que cet état de bonheur persiste le plus longtemps possible. Certaines personnes, dépressives ou anxieuses, font usage de médicaments qui ont cet effet, ou un effet similaire. Je ne voudrais pas être obligée, un jour ou l’autre, d’user de ces substances pour combattre un état dépressif. Mais c’est rassurant de savoir que ça existe.

Et puis, quelques jours passent et cet état de presque euphorie se dissipe, pour faire place à un habituel état dit « plus normal », où se succèdent en alternance les moues boudeuses devant les tâches quotidiennes à accomplir et les grands soupirs de bien-être qui accompagnent une réflexion agréable ou simplement des moments précieux. Comme hier soir, sous un ciel sans nuage, où nous pouvions observer les étoiles.

Nous étions chez des amis, des parents plutôt, du côté de mon copain. Une belle petite famille moderne, deux enfants nés de mère différentes dont le père habite maintenant avec une nouvelle femme qui voudrait bien, elle aussi, avoir un enfant pour peupler leur nouvelle maison. Mais le père, qui a déjà deux ex, n’a pas très envie d’envisager ce projet pour l’instant. L’achat d’une maison ne garantit pas la stabilité d’un couple, j’en sais quelque chose.

Il y avait justement, parmi les invités à cette petite fête, deux jeunes hommes dans la trentaine nouvellement célibataires. Ce qui m’a rappelé que mes copines du même âge sont, elles aussi, célibataires et ont bien du mal à trouver quelqu’un digne d’intérêt ou qui s’intéresse à elles… Les filles dans la trentaine ont envie d’avoir des enfants, les hommes de cet âge ne sont pas toujours prêts. C’est peut-être ce qui explique ce phénomène grandissant de couples composés de jeunes femmes et d’hommes dans la cinquantaine, qui acceptent facilement de faire des bébés à leur nouvelle conquête, si ça peut lui faire plaisir… Là encore, c’est bien utopique de croire que cet enfant viendra solidifier un couple hors norme où les deux parties rêvent de choses bien différentes…

Il y avait aussi une jeune mère dont le comportement auprès de son conjoint m’a fortement étonnée. Elle agissait un peu comme une femme de la génération de ma mère, veillant à ses moindres besoins, lui servant du vin dans son verre, s’inquiétant de la cuisson du poulet et du bon goût de sa marinade. Elle m’a semblée terriblement soucieuse, à l’affût du moindre commentaire du mâle sur le repas qui venait de lui être servi. Je revoyais mon propre père qui rentrait du travail assez tard et qui s’installait la plupart du temps devant un plat gardé au chaud, alors que nous avions tous déjà mangé. Cette scène m’a troublée, à la fois parce que j’avais l’impression que cette fille était terrorisée à l’idée de décevoir « son homme » et parce que lui semblait totalement désintéressé. Il regardait son assiette et son verre, mais ne la regardait pas elle. Troublant.

Au cours de cette soirée, nous avons beaucoup parlé des enfants. Des difficultés scolaires particulièrement. Certains enfants ont la chance d’être très encadrés et de pouvoir surmonter leurs problèmes avec l’aide de professionnels. Ce n’est malheureusement pas toujours le cas. Les jeunes qui abandonnent les études très tôt sont nombreux. Je remercie le ciel que ma fille soit suffisamment motivée pour poursuivre les siennes. Et je crois que j’y suis quand même pour quelque chose…

lundi 16 juillet 2007

À quoi je sers ?

C’est bien quand on est en vacances qu’on se rend compte que le travail occupe une (trop?) grande place dans notre vie. Il détermine l’heure à laquelle nous nous levons et nous couchons, les vêtements que nous allons porter, l’endroit où nous allons habiter, le mode de vie que nous allons adopter selon le revenu qu’il nous rapportera.

Et aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, je me sens totalement inutile. Je suis allée me promener dans un quartier de Montréal où j’espérais trouver un peu de vie, un peu de distraction. C’était si moche que je suis revenue encore plus déprimée. Bien fait pour moi, j’aurais dû prendre la direction de la campagne et aller chanter avec les oiseaux.

Mais ce matin, je n’avais tout simplement envie de rien. Il faut dire que j’ai très mal dormi et que même après que mon copain et ma fille eurent quitté l’appartement pour se rendre à leur travail respectif, je n’ai pas pu me rendormir. Je suis restée figée devant la télé, jusqu’à ce que l’idée me prenne d’aller faire un tour en ville.

J’ai arpenté les rues en m’arrêtant à quelques boutiques, toutes semblables, toutes affreusement garnies des mêmes vêtements qui ne valaient pas le prix de liquidation affiché dans la vitrine. Déprimant à souhait.

Au retour, j’ai rêvé d’un lac où me baigner, un lac sans algues bleues, sans pollution. Je pense que demain je ne resterai pas en ville…

samedi 23 juin 2007

Autour du bonheur

Il y a des gens pas très heureux autour de moi. Quelqu’un qui n’habite pas son corps, qui n’a pas accès à ses émotions, qui refuse l’aide des autres et qui persiste à nier « qu’il a un problème » ne peut pas être heureux. Parfois les gens prennent de longs détours parce qu’ils n’ont pas le courage de s’affronter eux-mêmes, d’accepter le changement, d’entreprendre leur propre guérison. Il doit y avoir d’immenses blessures à l’intérieur de ces personnes-là.

Pourtant, ce sont souvent des gens très performants dans la société. Cherchent-ils l’approbation des autres? En ont-ils réellement besoin? Réalisent-ils à quel point ils peuvent parfois devenir prétentieux et oublier que s’ils sont arrivés où ils sont, c’est souvent avec l’aide des autres.

J’analyse mes perceptions, je tempère mes élans émotifs, je tente d’élucider les questions nombreuses que suscitent certaines situations auxquelles je dois faire face. Je voudrais aider, mais on repousse mon offre, sous prétexte qu’il serait malvenu d’agir dans les circonstances. Je dois me taire et attendre que ça passe.

Tout ceci se passe dans mon milieu de travail et j’ai bien hâte aux vacances pour échapper à cette ambiance malsaine qui, malgré moi, produit un mauvais effet sur mes états d’âme. Je suis bien incapable de m’en détacher, puisque ces mauvaises ondes traversent invariablement l’atmosphère qui m’entoure. Et j’ai beau tenter de les dissiper, elles se figent dans l’air comme des particules allergènes invisibles, mais non moins irritantes.

Donc, parlons vacances. D’abord, mais fille en aura peu parce qu’elle travaille pendant huit semaines cet été. Mais elle est terriblement contente de son sort. Après tout, travailler dans un camp de jour, c’est presque des vacances, même si les enfants autistes demandent plus d’attention et de soins. Elle sera entourée d’une belle équipe et je suis persuadée qu’elle vivra une expérience heureuse et très enrichissante.

Mon copain, lui, n’a qu’une petite semaine, pendant laquelle nous ferons un séjour gastronomique dans une auberge de la Mauricie. Une petite gâterie bien méritée, que nous nous offrons pour nous retrouver en pleine nature sans avoir à nous soucier des repas quotidiens.

Et moi, j’ai trois semaines de vacances qui ne seront pas de trop pour évacuer la fatigue et le stress et me recentrer sur l’essentiel. Respirer, bien manger, bien dormir, faire de l’exercice et me faire tout plein de petits plaisirs.

S’il ne fait pas trop chaud, je ferai la cuisine. J’ai des centaines de recettes à la maison, que j’accumule comme une collectionneuse compulsive. Mon seul problème c’est qu’ici, dans mon appartement, je manque d’espace dans la cuisine. Ce qui a pour effet de m’enlever toute envie de sortir les casseroles. Mais il m’arrive parfois, dans un élan de courage et de motivation, de plonger dans mes livres de recettes et d’expérimenter. Et ce au grand plaisir de mon entourage.

Je sortirai aussi mon vélo. Je n’aime pas particulièrement faire du vélo en ville, mais c’est tout de même un exercice auquel je me soumets avec un certain plaisir à l’occasion. Les pistes cyclables que j’ai expérimentées l’an dernier m’ont permis de constater que là aussi on trouve des gens peu civilisés qui finissent par rendre la promenade stressante plutôt que divertissante. J’ai bien assez des embouteillages de l’autoroute pour me stresser, pas besoin d’en ajouter.

Au jour le jour, prendre le temps de profiter du moment présent, les vacances sont là pour ça.

Il me reste une semaine de travail, tout de même, avant d’être libre.

mercredi 13 juin 2007

Agent de conversation

Ce matin, en entendant ce charmant lapsus commis par une fillette dans une publicité, je me suis sentie particulièrement inspirée. J’avais envie d’écrire, mais je devais me rendre au travail.

À la radio, une psychologue parlait de l’importance de la présence du père dans la vie d’un enfant. « Chacun porte son père en soi », disait-elle. Le père joue un rôle de baliseur. Il aide l’enfant à définir sa personnalité, à prendre de l’assurance, à avoir confiance en lui. Je me suis dit que quelque part, la petite fille de huit ans qui a perdu son père avait très vite appris à marcher toute seule et qu’elle n’avait pas cherché (trouvé?) de substitut à ce père disparu.

Plus tard, au cours d’une discussion, une collègue m’a fait réfléchir sur le sens du mot «  personnalité  ». Je lui avouais humblement que ma personnalité au travail ressemblait assez peu à ma personnalité en dehors de ce milieu. Au fond, je devrais plutôt parler de « personnage ».

Je fais comme les artistes, je protège ma vie privée. Néanmoins, je réalise qu’il m’est difficile de laisser tomber cette carapace que je me suis forgée pour affronter le milieu de travail dans lequel j’évolue. Et puis, c’est bien difficile de se faire de vrais amis au travail, de se confier et de s’ouvrir à des gens que l’on côtoie tous les jours. Je l’ai fait une fois et je l’ai regretté.

Mais il m’arrive tout de même d’avoir des conversations très enrichissantes avec des collègues, comme celle de ce matin, au cours de laquelle j’ai réalisé à quel point je suis apte, aujourd’hui, à mieux définir qui je suis. C’est parce que je me suis entraînée à accéder à mes émotions et à les analyser pour mieux les définir et les comprendre que j’ai franchi les plus grandes étapes. Et ce n’est pas nécessairement simple, mais tout à fait possible.

Dans ce journal, je reviens périodiquement sur ce sujet, parce que certains événements m’obligent à faire le point. Hier, j’ai appris que le père de ma fille allait encore une fois déménager. Encore une fois un peu plus loin. Pas suffisamment loin pour que la distance devienne un problème et remette en question notre entente de garde partagée, mais suffisamment loin pour que ma fille ne puisse plus parcourir la distance entre nos deux appartements à pied.

Cet éloignement me trouble, parce qu’il m’oblige à envisager l’inévitable. Tôt ou tard ma fille n’habitera plus avec moi. Elle choisira peut-être de vivre avec son père, ou avec son copain, mais je doute qu’elle choisisse de vivre avec moi. Et j’en éprouve inévitablement de la peine. Une grande peine.

Je n’ai pu m’empêcher de penser au jour où j’ai moi-même quitté la maison familiale. La relation très tendue entre ma mère et moi et le manque de communication ont rendu cet événement encore plus difficile à vivre. Je pense que la douleur que j’éprouve en revoyant la scène m’oblige à effacer ces souvenirs. Tout s’embrouille, il vaut mieux oublier.

Il m’arrive aussi – comme c’est arrivé hier soir pendant une conversation avec mon copain – d’avoir l’impression d’être totalement incomprise. Chose certaine, j’ai appris à tempérer suffisamment ma colère pour l’exprimer correctement, la ressentir sans la laisser me dominer et rationaliser les émotions qui veulent parfois me submerger. J’ai appris à dire ce que je ressens.

Maintenant, je dois apprendre à m’adapter au changement, à cesser de m’apitoyer sur mon sort lorsque les gens me déçoivent et à diminuer mes attentes. Je ne dois pas me mettre en colère parce que quelqu’un ne fait pas ce que je crois qu’il devrait faire. Je ne peux substituer ma volonté à celle d’un autre. Je ne peux insuffler l’ambition, la persévérance, la foi et la confiance en soi à ceux qui n’en ont pas. Je ne peux même pas montrer le chemin, parce que chacun doit prendre un chemin différent pour s’accomplir. Et je n’ai pas la carte de ce monde.

Cela dit, je peux tout de même semer de petites graines et espérer qu’elles poussent. Recommander une lecture, écouter, discuter en évitant les bavardages qui ne mènent nulle part. Devenir, en quelque sorte, un agent de conversation…

lundi 11 juin 2007

Étourdie

Ce matin je me suis levée avec cette désagréable sensation d'étourdissement. J'avais du mal à ne pas tituber. S'il n'y avait pas eu une réunion à laquelle je voulais absolument assister aujourd'hui, je serais restée chez moi. En conduisant ma voiture, le simple fait de regarder dans le rétroviseur me donnait la nausée. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti ce malaise. J'avais oublié à quel point il est incommodant. Mais je sais que ça passera. Je ne m'inquiète pas outre mesure.

La réunion a suivi un dîner passablement copieux, qui a eu l'effet de nous alourdir un peu trop. Néanmoins, il était agréable d'avoir en face de nous une collègue de travail avec qui nous communiquons la plupart du temps par courriel, puisqu'elle habite de l'autre côté de l'océan. Cette jeune femme m'a paru très passionnée et d'une grande humilité. Elle ne fait pas partie de la haute direction, et les frais de son voyage ne sont pas couverts par un compte de dépenses illimité. Elle a choisi de venir visiter le Québec et d'en assumer les frais, tout en consacrant quelques journées de son court séjour au travail, par choix.

Pour les éditeurs européens, le Québec est un bien petit marché. Et nos exigences commerciales sont élevées. Nos relations ne sont pas simples et souvent, nous paraissons bien exigeants. Il m'arrive parfois de penser qu'un jour les livres cesseront de voyager ainsi d'un continent à l'autre, parce que les coûts trop élevés et les ventes trop faibles ne justifieront plus ce genre de marché.

Serait-il plus simple, en effet, d'imprimer nous-mêmes les livres que nous souhaitons lire ou de les télécharger sur nos écrans ? Comme on télécharge une chanson ou un album pour le graver sur un CD ? Le sujet est encore tabou. On plaide l'attachement au livre objet, alors que ce n'est pas autre chose qu'un amas de feuilles brochées ou reliées qu'on abandonne tôt ou tard sous un tas de poussière.

Bon, passons, ici n'est pas l'endroit pour ce genre de réflexion.

Je suis passée chez le marchand de thé avant de rentrer à la maison. Bizarrement, alors que je tenais un bout de papier sur lequel j'avais noté ce que je voulais acheter, j'ai entendu le jeune homme au comptoir prononcer le nom du premier thé sur ma liste. « Vous lisez dans mes pensées », ai-je dit avec étonnement.

Ce genre de chose m'arrive très souvent. Maintenant je suis persuadée que je suis très douée pour la transmission de pensée.

J'étais encore tout étourdie lorsque je suis rentrée chez moi. La chaleur, le repas du midi mal digéré y sont probablement pour quelque chose. Demain, ça ira mieux. Enfin j'espère.

samedi 9 juin 2007

Béton

Vivre en ville a ses bons et ses mauvais côtés. Être près de l’action, trouver facilement du travail tout en ayant la possibilité de poursuivre ses études et avoir accès à de nombreuses sources de loisirs font partie des bons côtés. Mais si elle offre à ses habitants quelques espaces verts bien encadrés, la ville manque cruellement de cette beauté que seule la nature possède. Un ruisseau qui se faufile entre les arbres, un sentier qui mène à la mer, une grosse pierre qui s’offre au marcheur pour s’y reposer, le grand silence et l’immense sagesse de la forêt me manquent. Voilà la source de mon spleen estival, il ne faut pas chercher plus loin.



New York, mai 2007

Oui, l’été en ville me déprime sérieusement et chaque année, je n’y échappe. Quand je travaille, tout va bien. Le rythme de vie accéléré prend le dessus et je ne vois pas le temps passer. Mais quand tout s’arrête, quand je me lève le samedi et que le soleil brille, je déprime. Il me faudrait une résidence secondaire, un chalet pas trop loin où je pourrais me réfugier toutes les fins de semaine.

Quand j’étais jeune, c’est ma copine Judith qui m’a fait découvrir ce sentiment unique que la nature inspire chez l’être humain. Une sensation d’appartenance et un appel à l’humilité. Car devant un arbre géant, dont les branches touchent presque le soleil, on se sent bien petit et en même temps immensément grand. Nous lancions des pierres dans un lac, et admirions pendant des heures les ronds qu’elles traçaient dans l’eau, en écoutant le bruit de la chute qui s’écoulait tout près.

Oui, la ville offre bien des occasions de s’étourdir, mais la nature qu’on retrouve à la campagne nous donne des forces, nous enseigne ce qu’est notre véritable essence. Je souhaite de tout mon cœur ne pas finir mes jours en ville, à me bercer sur un balcon et à respirer la pollution des voitures. Je souhaite m’endormir près d’un ruisseau et me laisser voguer jusqu’à la mer…



Cayo Coco, mai 2007