samedi 25 décembre 2010

Retrouvailles

C’est Noël, et tout est silencieux dans la maison. Mis à part le curieux glouglou que produit notre système de chauffage. Mais j’ai tellement l’habitude que je ne l’entends presque plus. Dans quelques heures, je partirai avec mon chum et ma fille pour me rendre chez ma sœur. L’habituel réveillon. Même si nous avons retrouvé notre sœur aînée, elle ne sera pas avec nous. Elle a décidé de se séparer physiquement de sa famille depuis plus de dix ans maintenant.

Quand nous avons repris contact, je lui ai signifié par lettre que je respectais sa décision et que je lui faisais mes adieux. J’avais employé intentionnellement ce ton un peu solennel dans l’espoir de la faire réagir. Ça a marché! Elle m’a écrit et j’ai senti dans ses mots qu’elle avait besoin de garder le contact… mais de loin.

Ma sœur a toujours eu quelque chose dans sa tête, dans son comportement, dans sa manière d’être que je pourrais qualifier de « non conforme ». Elle aurait dû se faire soigner, se faire aider. Je n’ose pas imaginer les moments difficiles qu’elle a certainement traversés ces dernières années. D’une certaine manière, je pense que faire ce qu’elle a fait lui a sauvé la vie. Cette fuite, ce choix de vie hors norme caractérisent de nombreux sans-abri. Et elle en faisait partie. Je sais maintenant qu’elle est en vie. Elle a l’air heureuse. Elle me manque.

Hier, au téléphone, mon autre sœur me racontait ses difficultés dans sa relation avec son fils aîné. Je n’ai pas pu m’empêcher de les comparer aux miennes avec ma fille. Dans sa colère, elle exprimait son envie de claquer la porte. Et c’est ça, peut-être, qui nous caractérise, nous, les trois sœurs : notre envie de fuir. Je rêve du moment où nous nous retrouverons, les trois, pour en parler et essayer de comprendre.

Je ressens de plus en plus le besoin de retrouver les miens. C’est ce qui m’a poussée à renouer avec une amie que je n’ai pas vue depuis plus de trente ans! Nous étions inséparables au collège et nous passions des heures dans le local de musique (ou plutôt dans le corridor, à cause de l’écho) à jouer en duo, elle sur sa flûte traversière, moi sur ma flûte à bec. Des moments de pur bonheur où la musique remplaçait les mots. Car à l’époque, je n’étais pas très bavarde…

Nous avons échangé des courriels. Elle m’a annoncé qu’elle souffrait de la sclérose en plaques et qu’elle ne travaillait plus depuis déjà quelques années. Elle vit toujours avec le même homme depuis plus de quarante ans. J’ai très hâte de la revoir, et je me rends compte que j’en sais bien peu sur cette maladie.

Comme à chaque année, je manquerai de temps pendant ces vacances de Noël pour tout faire ce que j’ai envie de faire. Ma meilleure amie traverse une épreuve et j’aimerais bien la voir pour en parler. Mais j’attends qu’elle me fasse signe. Elle s’est réfugiée dans un silence qui m’inquiète, mais que je respecte.

L’année s’achève. Plus je vieillis et plus je réalise que le temps passe si vite. Moi qui ai toujours affirmé que le temps est une notion qui m’échappe… C’est peut-être pour le capturer que j’ai envie de ces retrouvailles.

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